
Le jour J est arrivé. La nuit dernière, les vingt-deux cinéastes en compétition ont dû rêver à ce qu'ils diraient s'ils étaient appelés ce soir par le président du jury Nanni Moretti. Mais un seul d'entre-eux aura le privilège de monter sur la scène du Grand Théâtre Lumière pour y recevoir la prestigieuse Palme d'or façonnée par la maison Chopard. Une récompense suprême qui pour un jeune réalisateur peut avoir une importance déterminante. S'ils n'avaient pas été primés pour Rosetta en 1999, Luc et Jean-Pierre Dardenne auraient probablement attirés beaucoup moins de monde dans les salles. Idem pour Emir Kusturica (Papa est en voyage d'affaire, 1985), Steven Soderbergh, (Sexe, mensonges et vidéo, 1989), Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours, 2007) ou Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee, 2010), le Thaïlandais ayant par exemple grâce à sa Palme bénéficié pour la première fois d'une large distribution, notamment en Suisse. A l'opposé, des films plus faciles, comme Mission (Roland Joffé, 1986), Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994) ou Le pianiste (Roman Polanski, 2002), auraient assurément connu le succès même sans Palme, de même que cette dernière n'a eu que peu d'influence sur les carrières d'Akira Kurosawa (Kagemusha, 1980), Maurice Pialat (Sous le soleil de Satan, 1987), Mike Leigh (Secrets en mensonges, 1996) ou Ken Loach (Le vent se lève, 2006), cinéastes ayant déjà largement fait leurs preuves avant d'être primés.
La Palme 2012 va-t-elle permettre à un réalisateur de se faire mondialement connaître ou va-t-elle plutôt couronner une carrière prestigieuse, voire permettre à un auteur de rejoindre le club très fermés des doublement palmés? En ce moment même, Nanni Morreti et son jury sont en train de délibérer. Il y a onze jours, l'Italien avait dit en conférence de presse qu'il serait un président démocratique (ce qu'il ne sera pas, m'a soufflé un journaliste italien persuadé qu'il imposera son point de vue) et qu'il souhaitait avant tout être surpris par des films qu'il n'aurait pas l'impression d'avoir déjà vus cent fois. Or de vrais surprises, il n'y en a eu que très peu cette année. En attendant de découvrir ce soir le palmarès officiel du 65e Festival de Cannes (la cérémonie de clôture est retransmise en direct par Canal Plus dès 19h), voici le mien. Il ne s'agit pas de pronostics, mais de mes choix personnels, subjectifs. Ce palmarès ne prend évidemment pas en compte les films en compétition que je n'ai pas réussi à voir. Sur vingt-deux, ils sont au nombre de cinq: The Paperboy de Lee Daniels, Mud de Jeff Nichols, Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas, Dans la brume de Sergei Loznitsa et L’ivresse de l’argent d’Im Sang-soo.
Palme d’or: Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais
Grand prix: Amour, de Michael Haneke
Prix du jury: Holy Motors, de Leos Carax
Prix de la mise en scène: Matteo Garrone pour Reality
Prix du scénario: Cristian Mungiu pour Au-delà des collines
Prix d’interprétation féminine: Emmanuelle Riva dans Amour, de Michael Haneke
Prix d’interprétation masculine: Aniello Arena dans Reality, de Matteo Garrone